Knock Knock

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Knock Knock

Message  Indigo le Jeu 2 Juin - 23:04

Elle aura mis du temps à sortir de mes doigts engourdis par l'inactivité (je n'ai guère écrit depuis Septembre dernier, soit la fin de "Oeil pour Oeil, Sang pour Sang") et de mon intérêt pour la série qui était pas mal retombé, mais il semblerait que l'excellent 3x23 y ait remédié Wink

Cette histoire fait suite à ma précédente fic, il est donc plus que conseillé (même impératif si cela ne tenait qu'à moi Wink) de lire "Oeil pour Oeil, Sang pour Sang" avant d'entamer celle ci, et que l'on peut retrouver ici:

http://mentalist-le-forum.forum-actif.net/t64-oeil-pour-oeil-sang-pour-sang-complete

Autrement, il s'agit pour l'instant d'un court prologue, que je compte bien sûr étoffer par la suite de plusieurs chapitres, en espérant avoir vos encouragements Very Happy

Et un petit commentaire, cela fait toujours plaisir non ? :awwwwwwwwW:

*

Knock Knock



Prologue :


Je m'appelle Otis. Quand j'étais gosse, ce prénom allait de pair avec « autiste ».
Pas que je souffre d'un quelconque syndrome, mais plutôt parce que mes petits camarades d'école avaient trouvé que ce surnom m'allait comme un gant.
Peu leur importait « qu'autiste » ne rime pas vraiment avec Otis, il leur était aisé d'imaginer que jamais paire de mots n'aurait pu paraître mieux assortie.
« Autiste » aussi parce qu'il m'arrivait (et il m'arrive encore) de réfléchir à voix haute ou de basculer légèrement mon buste d'avant en arrière.
Et qu'il m'arrivait aussi de rêvasser. Tout le temps.
Otis l'Autiste donc.

J'ai quitté depuis longtemps les bancs de l'école, les gens ont cessé de m'affubler de ce sobriquet, mais pour moi, et moi seul, le surnom est resté.
Certaines personnes oublient pour se préserver, pour mieux affronter les épreuves, et ne pas sombrer. Je n'ai pas cette chance. J'oublie peu.
Mais je pardonne.

Il serait d'ailleurs mal vu de ma part de ne pas pardonner la cruauté puérile des terreurs de bacs à sables, quand on voit aujourd'hui l'horreur à laquelle nous sommes confrontés.

Avant que je n'intègre « Vizualise », j'appartenais à la catégorie des gens paumés.
Il faut dire qu'une Secte comme celle à laquelle j'appartiens attire toujours les cas sociaux, comme le miel attirerait des mouches affamées en fait. Mais plutôt d'un genre différent.
Bret Stiles a toujours eu le chic de savoir repérer les paumés, avant même qu'ils ne prennent conscience de ce qu'ils étaient.
Des gens à la dérive, parfois avec une famille, un chien, un belle clôture en bois blanc et un mobile home flambant neuf, mais qui du jour au lendemain ont juste envie de faire cramer la maison avec le barbecue dernier cri.
Bret sent ces gens là, il les repère, perçoit leur aura tremblotante dès qu'ils passent non loin de lui, et il les repêche avant qu'ils ne commettent l'impardonnable.
Parfois, l'impardonnable, ils l'ont déjà commis. Dans ce cas, on avise.
Les gens trop dangereux font tâche et troublent l'harmonie, et faire partager un dortoir de jeunes garçons avec un homme que l'on soupçonne d'avoir décapité sa femme n'a pas l'art de tranquilliser les troupes.
A Bret de trancher.

La plupart du temps, si les gens pètent les plombs, c'est surtout parce qu'ils ne se trouvent pas et qu'ils ne savent qui ou ce qu'ils sont.

Je sais qui je suis, et je savais qui j'étais lorsque Stiles m'a trouvé. Mais j'étais paumé.
Un autre genre, de ceux qui ne savent pas vraiment où aller pour qu'on leur foute la paix.
Alors j'ai conclu un marché.
Je l'aide dans ses petites affaires pas trop louches, et on me fout une paix royale.
Loin de mes parents qui me prennent pour un doux illuminé attendant le jugement dernier, loin des gens normaux qui me trouvent d'ordinaire trop étrange pour ne pas être timbré.
Jusque là je n'ai pas eu à me plaindre. Les affres du monde d'en bas ne me regardent plus, je m'occupe des nouveaux arrivants, je récite deux trois psaumes pour la forme, il m'arrive même de jouer à la belote avec le club du mercredi. Et le reste du temps, je somnole dans mon rêve éveillé.
Oui, un véritable rêve qui ne semble pas avoir de fin, et qui pourtant parvient à me faire douter.

Parce que dans quelques instants, je vais papillonner des paupières. Mieux, je vais me réveiller.
Allongé de tout mon long sur le matelas moelleux, je vais repousser les draps couleur crème aux senteurs de savon et romarin, et faire comme si je n'avais pas tourné la tête.
Je vais regarder fixement le plafond et me persuader que l'odeur de chair à peine putréfiée n'a jamais effleuré mes narines.
Je vais faire comme si le corps de mon camarade de chambre ne reposait pas sur le lit voisin, le visage défiguré et profondément tailladé alors que le sang goutte de son oreiller.
Je vais aussi parfaitement ignorer la tâche rougie qui s'attarde sur son abdomen, ses traits figés et ses yeux vitreux exorbités alors que sa bouche grande ouverte semble vouloir aspirer l'air comme un hareng saure mort sur l'étal du poissonnier.

Au loin me parvient le subtil piaillement des moineaux accrochés aux branches des cerisiers, tandis que les répétitions de la Chorale du Cœur Sacré émanent du temple de la Lumière Irisée.
L'air matinal est déjà d'une exquise douceur, et la brise estivale fait voleter discrètement mes cheveux, quand, doucement, je prends conscience de la réalité.


Existence de merde.






Voilà voilà ? ^^
Impressions ?




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Re: Knock Knock

Message  Cham' le Ven 3 Juin - 8:56

Alors que je n'étais censée passer qu'en coup de vent voilà que je je tombe sur la nouvelle fic d'Indig ( :yeeeepeeeee: voilà ça c'est dit)

Je suis définitivement intriguée et un peu dégoutée je dois l'avouer. Razz Apparemment prendre son petit dèj avant de lire ça n'est pas forcément une bonne idée. Je crois que cela prouve que c'est très bien écrit, non ? ^^

J'aime bien le fait que le prologue soit d'un point de vue différent (comme pour "Oeil pour Oeil, Sang pour sang" d'ailleurs). Cela donne encore plus envie de lire la suite :mgreen:

Allez, allez j'espère lire la suite bientôt. Very Happy

(Bon c'est un peu court comme commentaire mais je me rends compte que si je me bouge pas les fesses je vais finir par être en retard ^^')

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Re: Knock Knock

Message  Indigo le Ven 3 Juin - 21:54

Alors que je n'étais censée passer qu'en coup de vent voilà que je je tombe sur la nouvelle fic d'Indig

Je suis flattée What a Face

Apparemment prendre son petit dèj avant de lire ça n'est pas forcément une bonne idée. Je crois que cela prouve que c'est très bien écrit, non ? ^^

Plutôt oui x) En même temps, je riais (d'une manière particulièrement sadique) toute seule quand j'ai écris ce prologue, et plus particulièrement vers la fin. Je ricanais un truc du style "niahahaha, vas y réveille toi à côté du cadavre ensanglanté de ton coloc'" (parfois, je me dis que chuis pas très nette Suspect)

Allez, allez j'espère lire la suite bientôt.

J'y travaille, j'y travaille. C'est surtout que je songeais à la trame principale depuis quelques temps, mais là va falloir que je réfléchisse à la manière dont je vais agencer la suite :)

Merci pour ton com' en tout cas ! Embarassed

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Re: Knock Knock

Message  elodie17 le Ven 3 Juin - 22:10

Une nouvelle fic??? Yaouuh , youpiiiii !Ouais , existence de m***e ! Dans un mois je serais plus là pour suivre ta fiiiic ! M'en fou , vais cambrioler un ordinateuur ! J'adooore , j'adoore , j'adoore er readore ton style d'écriiture , t'as de la chance d'écriiire aussi bien et du talent ^^
Et je ne dirais de plus que la suiiite !!!! ( Non , non toujours pas de commentaire de dix lgnes , de toute façon y'a jamais riien a rediiire ^^ )

Bonne continuation ^^

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Re: Knock Knock

Message  AndreaLili le Sam 4 Juin - 16:55

    Ah ! Tu l'as posté ! Super ! :)

    Bon, je passe en coup de vent aussi. Je n'ai pas dû poster depuis l'été dernier ! Oo
    Et là je suis censée faire mes fiches pour l'oral de français aussi alors...

    Tu connais déjà mon avis, je ne me répèterais donc pas, d'autant plus que Cham' a eu exactement la même réaction que moi ! :) Ca m'a un peu surprise puisque j'aurais très bien pu être celle qui avait écrit son commentaire.

    Eh, vous savez quoi ! Ca m'aura manqué tout ça. :)

    Bon, je reviens dans trois semaines. Perle tu as intérêt à avoir posté une suite pour mon retour ! Wink

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Re: Knock Knock

Message  Indigo le Dim 19 Juin - 22:12

élo a écrit:existence de m***e ! Dans un mois je serais plus là pour suivre ta fiiiic !

Bah, de toute manière, vu à l'allure à laquelle j'avance, tu ne devrais pas avoir perdu grand chose en rentrant :mgreen: *elle va me prendre autant de mois que pour "Oeil pour Oeil, sang pour sang", je sens...*

Merci en tout cas n'élo Wink
Et ne t'inquiète pas, je trouve qu'il y a du progrès, on y arrivera aux 10 lignes tu verras !

Réa a écrit:Bon, je passe en coup de vent aussi. Je n'ai pas dû poster depuis l'été dernier ! Oo

Tsssssss Suspect *va réviser ton bac ! Et n'oublie pas de revenir après !*

Réa a écrit:Perle tu as intérêt à avoir posté une suite pour mon retour !

Héhéhéhé, ça vient, ça vient.

La preuve, je vous poste ici le Chapitre 1 que j'ai achevé ce soir ! Bon, c'est un Chapitre introductif, donc ne vous attendez pas à une fusillade ou à ce que cela pète de tous les côtés, mais il est là Wink



Knock Knock :
Chapitre 1




L'odeur du thé au jasmin acheva de réveiller Térésa Lisbon alors qu'elle pénétrait en trombe dans la cuisine. Les cheveux emmêlés, la langue légèrement tirée alors qu'elle refermait de sa main droite le bouton de son jean avec application, et tenant un mascara de sa main gauche, l'agent Lisbon était quelqu'un que ses supérieurs avaient pour habitude de qualifier de « multifonctionnelle ».
A l'évidence, ils ne se trompaient guère, même si Teresa aurait parfois préféré avoir quelques bras en plus.
Grommelant, grognant contre ces mêmes supérieurs qui lui avaient demandé de rappliquer en vitesse, elle s'assit brusquement sur sa chaise alors que Kanako regardait sa protégée, un sourire aux lèvres :

-Une urgence ?

-Humhum. Répondit Térésa la bouche pleine en se servant une tasse de café fumante, posant brutalement l'infortuné mascara sur la nappe, avant d'expliquer entre deux mastications. Déjolée... Big Boch.

Le doux sourire s'élargit sur les lèvres de Kanako Artkins alors qu'elle secouait la main comme pour signifier que cela n'avait aucune importance. S'asseyant à ses côtés et tenant de ses deux mains une tasse brulante de thé au jasmin, elle laissa dévier son regard sombre sur l'agent du CBI qui finissait d'une traite ce breuvage qu'elle n'avait jamais pu supporter.
Teresa Lisbon avait beau commencer à approcher de la quarantaine, Kanako ne pouvait s'empêcher de la regarder parfois encore comme cette petite fille qu'elle n'avait pu voir grandir et qu'elle n'avait pu protéger durant toutes ces années. Peut être était ce la culpabilité, ou alors tout simplement parce que toute adulte qu'elle soit, Teresa semblait conserver une certaine fragilité malgré cette agressive et imposante carapace qu'elle semblait s'être forgée au fil des années... mais Lady Artkins avait parfois du mal à se dire que la petite Teresa devant elle était à présent une grande fille.
Il faut dire qu'en cet instant, celle ci ne l'y aidait pas particulièrement, songea t elle en se retenant de ne pas rire face aux joues de hamster qu'arborait Térésa Lisbon en la regardant à son tour d'un air perplexe, et en déglutissant bruyamment :

-Quoi ?

-Rien. A nouveau, un sourire mutin s'accrocha aux lèvres de Kanako.

-Mouais. Commenta son interlocutrice d'un air sceptique, avant de voler vers la salle de bain.

Conservant son calme légendaire, Lady Artkins se leva sans bruit et entrepris de reposer le félidé qui baillait paresseusement sur ses genoux sur le carrelage ocre de la cuisine, avant d'élever la voix à l'encontre de la tornade Lisbonesque qui passait de pièce en pièce et dévalant les escaliers :

-Dois je prévenir Miles de ta venue ce soir ?

Mais la seule réponse qu'elle obtint fut un rapide et tonitruant « Bye ! » de la part de sa protégée, et de la porte d'entrée claquant avec violence, faisant dangereusement trembler le lustre du séjour.
Secouant imperceptiblement la tête, Kanako ne se départit pas de son sourire, alors que Miles entreprenait de ramasser la tasse laissée par l'agent du CBI en demandant d'un ton soucieux :

-Dois je faire mettre le couvert pour Mademoiselle Lisbon pour le dîner ?

Pensive, Kanako laissa ses yeux noirs s'attarder sur la porte de la cuisine avant de se tourner vers son majordome et se fendit d'une réponse presque sybilline :

-Vous savez Miles, je crois que notre petite Teresa fera ce que bon lui chante. Elle n'est après tout plus une enfant... Commenta-t-elle de sa voix ronde.

Mais je ne sais pas pourquoi, pensa-t-elle amusée, j'ai plutôt l'impression d'avoir à faire à une adolescente.


*


Laissant la lumière colorée des vitraux s'attarder sur son torse et son visage, Otis inspira profondément l'air lourd du Temple de la Lumière Irisée. Le soleil à son zénith darda ses rayons à travers les entrelacs de verre étincelants et inonda d'une chaleur à peine supportable le jeune promis, le faisant frémir alors qu'il se replongeait dans ses insidieuses pensées.

Dans ce mausolée bâtit par l'emprise des hommes sur l'incertitude et leur foi en une réponse absolue et omnipotente, il se laissa aller à cette peur qui ne cessait de se tapir dans ses entrailles.
Lorsque son réveil lui avait apporté cette vision effroyable, il n'avait rien ressenti, juste une profonde indifférence, comme s'il ne pouvait éprouver autre chose qu'une profonde plénitude.
Comme si la seule chose à faire était de mettre la phrase qui cognait et palpitait dans son crâne à exécution. Sors de là.

L'air nauséeux, il essuya du plat de sa main une goutte de sueur naissant sur sa nuque, alors qu'il s'agenouillait près de l'œil Etincelant au centre de l'autel.
Il n'avait jamais été particulièrement religieux, et la philosophie de « Visualize » lui semblait parfois d'une parfaite absurdité dans cette volonté de s'adresser à des petites gens pour les embrigader dans cette folie collective (si ils avaient un portefeuille bien fourni de préférence), mais pour la première fois depuis des mois, il ressentit le besoin de prier. Pour qui ou pour quoi, il n'en avait cure.
Il était même prêt à croire en l'existence du Bigfoot si cela lui permettait d'interrompre et de faire disparaître ce qui obnubilait ses pensées.

Son esprit saturé par la vision d'Ari en sang dans son propre lit ne cessait de faire bourdonner son crâne. Son corps rigide, ses lèvres sèches et violacées, les profondes ecchymoses qui parcouraient ses bras nus et ce sang qui semblait se fondre dans ses draps, qui tapissait sa peau jaunâtre...
Dieu du ciel, il aurait tout donné pour que ces maudites images le laissent en paix.

- « Je m'en remets à toi, Vision éternelle du Feu Ardent qui sustente mon âme... »

Dans ce lieu sacré, seule la litanie de ses paroles et l'écho qu'elles produisaient se répercutaient jusqu'à son être, lui apportant pourtant une présence, une fugitive illusion brisant la solitude dans laquelle il se trouvait à présent plongé :

- « Apporte moi la paix. Ne me laisse pas à ma peine, Sainte Mère, ma faute a déjà été expiée... Laisse ton humble supplicié –

Soudain, une porte claqua, interrompant brusquement ses prières. A son embrasure, une forme se détacha de l'étincelante lueur diurne provenant de l'extérieur, négligemment appuyée contre l'encadrement de celle ci, et prononça d'une voix faussement gênée à la vision du jeune promis agenouillé :

-Oups, désolé. J'espère que je n'interrompt rien de particulier...

Mais si il était une chose dont Otis était sûr à propos de cet individu au sourire étincelant, c'est qu'il n'était pas désolé du tout.
Essayant de paraître sociable, et se retenant de ne pas ouvrir la gorge de cet imbécile en costume trois pièces, Otis se composa un masque d'une amabilité extrême :

-Puis je vous aider ?

-Oh, non... je visite. Expliqua l'inconnu comme si cela relevait de l'évidence, soulignant ses propos par un ample mouvement du bras désignant l'ensemble de l'église. C'est très beau, chez vous.

Si il sort un appareil photo, se dit Otis, sentant un léger rictus fissurer son sourire compréhensif et mettre à mal une quiétude mal contenue, je le mords.
Mais nul appareil photo ne fut sorti, et Patrick Jane se contenta de lui jeter un regard entendu avant de s'avancer d'un pas nonchalant vers l'autel :

-Alors c'est ici que vous priez... quel est son nom déjà ?

-Il n'en a pas. En tout cas ce n'est certainement pas à toi que je vais révéler un truc pareil.

-Ah... déclara le mentaliste d'un air visiblement déçu. J'aurais pensé qu'il aurait pu m'aider, vous savez. Ou plutôt, je cherche quelqu'un qui aurait pu m'aider en fait, sur un cadavre qui aurait été récemment retrouvé.

A la mention du corps, les lèvres d'Otis se pincèrent furieusement et son teint se fit plus pâle, déclenchant un sourire carnassier de la part du mentaliste. Ce dernier poursuivit d'une voix suave, agrémentant sa demande de détails croustillants :

-Tailladé. Battu violemment. Écorché vif, plus précisément. Il n'était pas très beau à voir. Il semblerait que le meurtrier aie pris un malin plaisir à dessiner des marques sur son abdomen et sur ses mains.

Otis sentit son cœur vaciller, et hésita l'espace d'un instant entre s'évanouir et tomber à même le sol ou alors laisser son poing s'abattre sur le nez de cet individu qui énumérait ces horreurs sur un ton d'une profonde indifférence, quand une voix s'éleva derrière eux :

-Mon petit Patrick !

Bret Stiles, un grand sourire sur le visage et la mine enjouée, traversa d'une démarche conquérante l'espace qui le séparait des deux hommes. Ses cheveux d'un blanc éclatant furent le temps de quelques pas parés d'une myriade de couleurs vives et spectrales, mais rien n'aurait pu altérer l'éclat inquiétant qui brillait au fond de ses prunelles froides. Des yeux bleus indéchiffrables qui contredisaient clairement l'apparente décontraction qu'affichait le Grand Gourou de « Visualize » :

-Pourquoi ne m'as tu pas dit que tu étais dans le coin ? On aurait pu aller se prendre un café !

-Bret Stiles. Fut tout ce que Jane trouva à répondre alors qu'il prenait machinalement le sourire de circonstance. Je n'ai jamais été très doué pour prévenir les gens... et je me suis dit que je pourrais te faire une surprise !

-Oui, comme toute l'équipe du CBI et tous les médias qui se pressent à mes portes pour me souhaiter un joyeux anniversaire !

Les deux hommes échangèrent un sourire, semblant prêt autant à se donner une accolade de franche camaraderie qu'à se sauter à la gorge au moindre signe de faiblesse. Jane savait pourtant pertinemment qu'il n'aurait pas l'avantage, pas cette fois, pas dans le propre repaire de Stiles.
Aussi se contenta-t-il de commenter d'un ton narquois qu'il n'empruntait guère :

-Et moi qui aurait pensé que c'était toi qui les avait contacté en te comportant comme un citoyen modèle.

N'infirmant, ni ne confirmant cette affirmation, Stiles se contenta de conserver son délicieux
sourire :

-Pourquoi ne pas en discuter dans mon bureau dans ce cas ?


*


Une pluie en plein milieu de l'été Californien. Le monde était devenu fou, songea l'agent Lisbon alors qu'elle contemplait d'un ton morne les gouttes ruisseler sur le capot de sa voiture, mais ce n'est pas comme si c'était un scoop, après tout.
Se passant la main dans les cheveux dans le vain espoir de les peigner, elle prit une profonde inspiration en sortant précipitamment de sa voiture, et étouffa un énième juron en se heurtant à la marée médiatique qui la submergea. Suffocant, Teresa Lisbon fendit la foule d'un pas décidé, ignorant les micros qui se tendaient brusquement dans sa direction et manquaient de la heurter à chaque pas.

Fichez moi la paix...

Un de ces abrutis de journaleux manqua de l'éborgner avec sa perche, et elle hésita l'espace d'un bref instant à le coffrer pour tentative de coups et blessures à l'encontre d'un agent de la force publique.
Le cœur battant, elle sentit se presser furieusement contre elle cette vague humaine, bruissante et mouvante, pour scander son nom au rythme des flash aveuglants :

-Teresa Lisbon ! Teresa Lisbon !

Maintenant je sais ce que devait ressentir Moïse quand il s'est retrouvé face à la Mer Rouge... Ça m'apprendra à me moquer de sa robe ridicule pendant les cours de cathé.

-Teresa, croyez vous que Patrick Jane pourra mettre à mal Visualize ?

-Agent Lisbon, cria une voix lointaine qui semblait s'arracher les poumons pour parvenir à se faire entendre, est il vrai qu'il s'agit d'un meurtre sacrificiel ?

Tout à coup, une main se fendit parmi les corps pressés les uns contre les autres et s'agrippa fermement à son bras. Avant même que celle ci ait eu le temps de cligner des yeux, elle se sentit extirpée brutalement et se retrouva hors de cette masse grouillante, le visage de Risgby à quelques centimètres du sien.
Son subordonné rougit légèrement et lui adressa un sourire en coin avant de la lâcher, et d'ordonner aux policiers de fermer les portes d'entrée :

-Pas trop secouée, patron ?

En réponse, Lisbon inspira profondément une goulée d'air :

-Je. Les. Hais. Prononça-t-elle d'une voix lourde en annonçant sentencieusement chaque mot. Mais j'imagine que l'on devrait les remercier.

-Yop. C'est la presse qui a été mise au parfum en premier, autrement je ne suis pas trop sur que Visu-machin nous aurait prévenu. Ils sont plutôt du genre à traiter leurs problèmes en privé.

Il souligna ces paroles d'un rictus désapprobateur alors que son regard se perdait dans le hall à présent vidé de tout prêtre en soutane, et de tout mystique venu annoncer la damnation de leur âme pour avoir profané ce sanctuaire.
L'entrée de Visualize était étonnamment décorée dans un style épuré et moderne. Sous les pieds de l'agent Lisbon, elle pouvait encore sentir le poids de l'argent que ce moelleux sol bleu roi en velours piqueté de tâches d'or avait dû peser. Combien de pognon ont ils pu dépenser pour un truc aussi inutile ?
Avec ses grandes baies vitrées et ses fauteuils luxueux, le gigantesque hall faisait d'ailleurs plus penser à la salle d'attente d'une clinique huppée qu'à l'antichambre du QG des nouveaux pigeons de la jet set ayant trouvé la lumière sacré :

- Détrompez-vous, agent Lisbon. Les gens modestes ont aussi une place parmi nous. Commenta d'une voix claire et assurée la silhouette féminine qui se trouvait dans l'embrasure de la porte.

Avançant à vive allure et réajustant son blazer, la jeune femme qui lui faisait face lui tendit la main et se présenta d'un ton aimable :

-Je suis Veronica. Bret m'a chargé de vous accueillir et de vous guider jusqu'au... Elle se mordit brutalement la lèvre d'un air gêné et se corrigea, Jusqu'à Ari.

Oui, ou pour nous servir de garde fou, commenta intérieurement Teresa Lisbon d'une voix corrosive.

Face au silence perplexe qui accueillit ses paroles, Veronica se sentit dans l'obligation d'afficher un sourire contrit :

-Ne croyez pas que vous soyez la première personne à se faire cette réflexion en entrant chez nous, agent Lisbon. J'ai deviné à l'instant même où je vous ai vu faire la moue ce que vous pensiez de cette endroit.

-Oh... Non, ce n'est pas... Teresa sembla chercher ses mots durant quelques secondes, avant de jeter l'éponge. Laissez tomber. Elle souligna ses paroles d'un geste agacé de sa main. Ari, vous dîtes ?

Son interlocutrice acquiesça doucement, avant de diriger son regard vers Wayne Risgby qui se tenait légèrement en retrait et sembla sur le point d'ajouter quelque chose, mais se contenta de le fixer une brève seconde et de déclarer :

- Suivez-moi, dans ce cas.

*

-Je sais que cela va vous paraître être du déjà-vu mais je peux vous assurer que Visualize accueille les gens de tous bords, qu'ils soient riches ou pauvres. Nous voulons simplement que ces brebis égarées reviennent dans le droit chemin, et leur apprendre à aimer, leur propre personne mais plus encore les êtres qu'ils côtoient. Êtes vous croyante, agent Lisbon ?

Se félicitant d'être à l'abri sous la galerie du patio en bois clair finement ouvragée, Teresa Lisbon laissa son regard s'attarder au fil de sa marche sur les jardins écrasés par les lourdes gouttes de pluie qui s'abattaient sans relâche.
Absorbée par le spectacle de l'eau ruisselant par les gouttières délicatement sculptées dans des motifs aquatiques et un lacis de représentations végétales, elle répondit d'une voix légèrement distraite :

-Je suis catholique.

-Alors vous savez ce que signifie l'amour du prochain. Nous encourageons chacun à se construire et lui enseignons aussi l'amour de la vérité et de la connaissance.

Wayne se contentait de marcher derrière elle, secouant doucement la tête en entendant ces tirades proférées avec une ferveur toute fanatique.
Il était sensible à la teneur de ce discours, mais il était lucide sur les non-dits que recélaient la plupart de ces sectes et sur l'envers, bien souvent glauque et éminemment tordu, du décor.
La plupart du temps, "secte" et "dangereuse arnaque" allaient souvent de pair.
Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, ça allait bien cinq minutes, mais arrivait bien un moment où l'on se retrouvait confronté au loup dans la bergerie. Et là, les belles diatribes ne se révélaient pas d'une grande aide.

-Et vous, agent Rigsby?

-Je... Quoi ? S'exclama soudainement le gallois, arraché brutalement à ses pensées.

Ricanant sous cape, l'agent Lisbon se décida à venir à son secours :

-L'agent Rigsby est toujours un peu distrait quand il n'a pas eu droit à son deuxième petit déjeuner de la mâtinée. Heureusement, il se trouve que j'ai demandé à Cho d'amener des beignets.

Un sourire amusé aux lèvres, elle jeta un regard goguenard à l'encontre de son subordonné alors que celui ci sentit ses oreilles rougir douloureusement et ses lèvres grimacer.

Merci patron, vous êtes trop bonne.





Voilà, Voilà
Impressions ? ^^


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Re: Knock Knock

Message  TheManuew le Mer 22 Juin - 23:08

Merci patron, vous êtes trop bonne !
*explose de rire*

Comme d'habitude, un super style d'écriture, une nouvelle intrigue...
Le début avec Kanako m'a paru un peu flou, j'ai pas exactement compris le genre de relation qu'elles entretenaient toutes les deux, mais je le saurais peut-être au fil de l'histoire :)

*bruit de foule* La SUITE, La SUITE ! Very Happy

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Re: Knock Knock

Message  Indigo le Jeu 23 Juin - 20:56

Comme d'habitude, un super style d'écriture, une nouvelle intrigue...

Merci bien :demoiselle: *j'espère tout de même que je me suis améliorée par rapport à ce que je pouvais faire dans "Oeil pour Oeil", parce que quand je relis cette dernière, ben... j'ai juste envie de tout réécrire :mgreen:*

Le début avec Kanako m'a paru un peu flou, j'ai pas exactement compris le genre de relation qu'elles entretenaient toutes les deux, mais je le saurais peut-être au fil de l'histoire :)

Aha, voyons très chère manu tu te doutes bien que cela est parfaitement voulu :p *enfin en partie... j'espère quoi*
Cela se précisera sous peu normalement Wink

*bruit de foule* La SUITE, La SUITE !

A vos ordres ! Et merci pour ton com' ! :big love:

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Re: Knock Knock

Message  Rowena le Ven 24 Juin - 20:46

Bon, il faudrait bien que je me mette à jour maintenant que je suis en vacances (je t'avoue ne même plus me souvenir d'où j'en étais...) Wink

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Re: Knock Knock

Message  Indigo le Ven 24 Juin - 21:34

Chapitre 4! :mgreen:

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Re: Knock Knock

Message  **DELIRIUM** le Mer 29 Juin - 21:23

Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiihhhhhhhhhhhiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!

Hystérie générale, Indig' poste une nouvelle fic ! :cindy:

Ok, alors là je suis pas trop motivée pour t'écrire un long com', mais sache que je trouve le début juste... Génial ! :mgreen:
En fait, ça change tellement des autres fics que ça surprend toujours un peu au début (moi en tout cas !) mais en bien, evidemment, on se croirait dans un roman ! Bon y'aurait peut-être deux, trois petits trucs à corriger mais ça doit être des erreurs d'inattention, rien de grave...

Alors, en une phrase : ton prologue est super, surprenant dans le bon sens du terme, après au chapitre 1 j'ai trop ri en immaginant Lisbon en mode "multifonction", l'entrée en scène de ce cher Jane, toujours égal à lui même, est très réussie, la vanne de Lisbon à Rigsby colle parfaitement à l'ambiance de la série (le pauvre, ça lui restera toujours cette image de morfal !), et le traîtement de tes personnages secondaires est très bon, comme d'hab' !

Pfiou, voilà, ça c'est les premières impressions à chaud, mais j'essayerai de poster un com' plus long bientôt !

Et sutout, viiiiiiite la suiiiiiiite ! bounce

@ + !

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Re: Knock Knock

Message  TheManuew le Mer 24 Aoû - 16:49

Sad Je sais que tu es loin et que tu travailles énormement... Mais j'ai dans l'espoir de lire la suite tant j'ai adoré le début... :love:

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Re: Knock Knock

Message  Indigo le Mer 24 Aoû - 17:39

Dire que je suis débordée serait un euphémisme en fait Wink

Mais je me suis dit que je devais quand même te répondre pour voir que je ne vous oublie pas, et certainement pas cette histoire.
Le truc est que ce n'est pas seulement le boulot, je suis complètement absorbée dans ma "nouvelle vie", et je n'ai pas écrit une ligne que ce soit pour une histoire plus personnelle ou pour cette fanfiction depuis que je suis arrivée en Norvège il y a 3 semaines.
Je n'ai guère eu le temps de penser, ne serait ce qu'avec toute la paperasse que je dois gérer, car être française en Norvège pour y passer sa troisième année de Droit, même si cela se révèle génial, il faut avant tout se le mériter.
Passer des heures dans les files administratives pour les inscriptions un peu partout, attendre des heures au service de l'immigration pour obtenir son permis de séjour *même si le fait que je passe par Erasmus me facilite énormément la tâche*

J'ai un peu réorganisé mes priorités à l'heure actuelle, car qui dit (très) loin de sa famille *car c'est la première fois que je quitte papa-maman, faut l'dire même si j'ai que 19 ans* dit nécessité de rencontrer de nouvelles personnes, à plus forte raison qu'ici personne ne parle français (mes amis les plus proche sont américaine, australienne, allemande, mexicain et norvégiens). Dit aussi, expérimenter, vivre, car je ne suis là que pour 11 mois.

Donc, je ne promets pas la panacée, je ne sais pas quand j'aurai le temps d'écrire la suite, et je dois dire qu'en ce moment j'ai plus envie d'aller piquer une tête dans les fjords en hurlant comme une hystérique à demi morte de rire que l'eau est glacée avec mes potes, plutôt que de me forcer à écrire une suite en restant cloitrée dans ma chambre.
Mais je peux dire que j'y réfléchis et que je ne l'abandonne pas, et que, il y a de fortes chances quand l'automne viendra (je n'ose pas dire la pluie avec car on l'a déjà :mgreen:) je reprenne cette histoire :) *et qui sait, peut être même avant, nous verrons selon mon inspiration*

Mais merci de me le rappeler Manu :)

@ Déli : ravie que cette suite te plaise Wink

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Re: Knock Knock

Message  Indigo le Dim 4 Sep - 20:03

Quand je vous disais que l'automne m'aiderait à retrouver un semblant d'inspiration :mgreen:

Je vous poste donc la première partie du Chapitre 2 ! En espérant bien sûr qu'elle vous plaira, et qu'elle ne paraîtra pas trop abrupte vu que je n'ai pas écrit une ligne depuis 2 mois et demi (ça commence à faire un bail) et que je dois vous avouer j'avais l'appréhension de ne pas réussir à entrer à nouveau dans mon histoire.
Donc, si la transition s'avère réussie, surtout faites le moi savoir :)




Chapitre 2 :




-Alors mon petit Patrick, toujours en train de faire ton bon samaritain en aidant le CBI ?

Dans le bureau à l'atmosphère moelleuse et douce, seul le tintement discret des verres se fit entendre, entrant en une résonance subtile avec la voix basse du gourou de Vizualise.
Laissant choir le sien en évidence sur une étagère, Patrick Jane se racla la gorge imperceptiblement :

-On peut dire ça, oui. Ils ont tendance à me laisser vaquer à mes petites affaires...

-Bien sûr, on ne peut pas dire que tu leur facilites la tâche, n'est ce pas ? Bret Stiles laissa échapper un rire sonore, sa tête basculant soudainement en arrière pour souligner ce rire sans joie qui se perdit en un écho inquiétant et troublant.

Un sourire timide aux lèvres, le mentaliste le lui concéda d'un discret dodelinement de tête, alors que son interlocuteur continuait de sa voix empreinte d'une chaleur cassante et glaciale :

-Mais il paraît que la jeune femme qui doit veiller sur toi fait du bon boulot. Comment s'appelle-t-elle déjà... Teresa ?

Quelques minutes à peine s'étaient écoulées depuis leur rencontre dans le Temple, et déjà Patrick Jane sentait à nouveau son estomac se nouer sous une atmosphère oppressante qui s'insinuait imperceptiblement dans le calme ambiant, semblant le faire ployer dangereusement, prêt à céder à tout instant.
Une prégnance lourde qui semblait vouloir se mouvoir en lui alors que les yeux bleus de Stiles accrochait abruptement son regard, prêts à le déstabiliser et à tirer parti de la moindre faiblesse qu'ils pourraient déceler.
Pourquoi la discussion avait aussi rapidement dérapé sur ce sujet, seul son interlocuteur le savait.
Teresa... Bien sûr, qu'il savait. Jane ne savait comment mais il est de choses que Bret Stiles ne peut ignorer.
Des choses inavouables que lui seul peut percevoir ou connaître par l'emprise qu'il exerce sur les êtres.

La lutte intérieure du mentaliste fit rage durant ce interminable éternité qui semblait s'étirer au gré de ses pensées.
Alors, Stiles, tu veux voir si tu peux m'atteindre par le biais de Teresa, hein ? Tu veux savoir ce qu'elle pourrait représenter ? Éructa-il pour lui même, une irritation peu coutumière, presque inconsciente, semblant affuter ses idées.
Un sourire onctueux étira ses lèvres :

-C'est bien elle. Mais je dois avouer qu'elle a plus de patience que je ne l'aurais imaginé...

-Certes, il paraît parfois que l'enfance forge le caractère. Et à ce que j'ai entendu dire, elle n'a pas été épargné …

Son interlocuteur avait prononcé ces mots du voix détachée, presque pensive, portant à ses lèvres le verre en un geste étudié et prenant une légère gorgée du liquide ambré.
La contenance qu'il affichait et son regard perdu au dehors achevèrent de troubler le mentaliste.
Ne joue pas son jeu... Tu es trop impliqué.
Oui, Patrick Jane était trop impliqué, cela aussi il le savait.
Cloisonner ses idée, depuis combien de temps ne l'avait il pas fait ?
Le fait que Lisbon décide de s'exiler pendant quelques jours sans rien laisser transparaitre ni rien lui confier l'avait étonné, c'est vrai.
Il se morigéna brutalement.

Ridicule.
Il jeta un bref regard à l'auteur de ces pensées insidieuses, ne parvenant à définir ce trouble persistant.
Enfin, il sentit la chaleur cuisante du ressentiment et de l'irritation l'envahir, l'aidant à éclaircir ses idées.

Bret Stiles pouvait bluffer. Il pouvait très bien ne pas savoir de quoi retournait réellement l'enfance de Teresa Lisbon, cela était même plus que probable.
Et quand bien même saurait il les liens qui unissaient sa coéquipière avec John le Rouge, Jane ne voyait pas ce que Bret Stiles pourrait en tirer...
Tel un enfant terrorisé par les ténèbres qui l'entouraient, il laissa la peur la submerger pour mieux la contrôler.
Alors Bret Stiles, voyons un peu ce que tu peux nous dévoiler.

-Elle n'a pas eu une enfance facile, c'est vrai... Déclara d'une voix entendue le mentaliste, exécutant quelques pas anodins en direction de son interlocuteur pour mieux l'affronter.

Un sourire railleur tordit les minces lèvres de Stiles, son regard froid semblant apprécier l'attitude frondeuse du mentaliste inconscient qui osait le défier.
Un imperceptible silence s'installa, quand soudain :

-Mais je manque à tous mes devoirs, mon petit Patrick. Peut être désirerais tu t'en retourner pour aller prêter main forte à l'agent Lisbon ? L'une de mes assistantes m'a prévenu de son arrivée.

Lisbon ?
Dissimulant soigneusement sa surprise, Patrick Jane acquiesça, prenant une expression contrite :

-Oui, je crois que cela serait préférable, je doute qu'elle soit d'une humeur exquise, autant qu'elle s'en décharge sur quelqu'un d'autre...

-Bien sûr. Nous en reparlerons une autre fois. Déclara Stiles d'une voix entendue, ses dents blanches étincelants en un sourire carnassier. Oh, et je crois qu'il doit attendre dans le couloir mais pourrais tu m'envoyer le jeune homme que tu as rencontré ce matin s'il te plait ? Ne crois pas que je te prenne pour ma secrétaire, mais... Nous savons tous deux à quel point tu peux être serviable. Acheva-t-il avec un clin d’œil.

Ses sourcils cendrés s'arquant en une imperceptible expression perplexe, le mentaliste acquiesça doucement, son esprit traversé par une délicieuse pensée :

Oh ça, tu n'as pas idée.


*


Habituée malgré elle à l'odeur aigre de la chair en putréfaction, l'agent Lisbon se pencha sans cérémonie au dessus du cadavre en faisant claquer machinalement ses gants blancs.
Se mordant la lèvre et fronçant les sourcils de manière désapprobatrice, elle laissa son regard dériver les profondes déchirures qui s'attardaient sur l'abdomen de la victime et sur ses paumes, alors qu'une dizaine d'yeux avaient été profilé d'une main habile à l'encre noire sur le reste de son corps, tels des lignes voluptueuses s'enroulant et se déroulant en une finition parfaite, ornées en leur centre d'un iris à la noirceur insondable.
Tout démontrait à l'évidence une scène rituelle, la victime au teint crayeux semblant reposer dans un linceul, les paupières fermées ornées d'un symbole dessiné à l'encre charbonnée.
Les traits réguliers de la victime semblaient s'effacer devant la beauté des courbes stylisées qui le parcouraient, redevenant l'anonyme réceptacle d'un artiste un peu trop inspiré.
Elle avait peu l'habitude d'entraver la Scientifique dans son boulot, mais ce cadavre était, elle devait l'admettre avec une curiosité morbide parfaitement assumée, bien trop …

-Intéressant... Mais un peu rebutant, non ? Murmurant une voix par dessus son épaule, humant discrètement l'air. Par ailleurs, tu sens le jasmin, tu étais chez Kanako ou quelque chose dans le genre ?

Interdite, elle tourna la tête et se retrouva nez à nez avec un Patrick Jane qui la regardait avec un sourire désinvolte :

-Cela ne te regarde pas. Répliqua-t-elle d'un ton sec, tentant de camoufler la gêne qui l'avait envahit.

Face à la brutalité de sa réponse, le mentaliste cilla doucement, ne se laissant pour autant pas démonter :

-Aha, tu t'es trahie !

Face à l'expression gamine de son interlocuteur, elle se retint de lever les yeux au ciel et se pencha à nouveau sur son travail, tentant de reléguer dans un coin de son esprit la furtive expression peinée que celui ci avait affiché lorsqu'elle l'avait sèchement rabroué.
Patrick Jane était un grand garçon, il pouvait bien survivre à cela !
Silence. Mais tout de même, n'avait elle pas réagit violemment ? Il n'avait, après tout, pas été plus exaspérant que d'habitude...
Lisbon, ma vieille, tu es un monstre de paradoxes et de contradictions, c'est à se demander comment tu as fait pour ne pas te tuer toi même depuis toutes ces années.
Se donnant mentalement des claques, elle finit par soupirer :

-J'avais envie de la voir, et j'ai fini par rester le week-end entier. Voilà, j'ai répondu à ta question ?

-Humhum. Acquiesça son interlocuteur avec un mince sourire empli de malice, avant de reprendre d'un ton puant le faux professionnalisme : Mais ne devrions pas nous remettre au travail ?

Okay, finalement, c'est lui que je vais buter.


*

Non loin de là, Rigsby et Cho observaient d'un œil connaisseur la scène qui était en train de se jouer. Enfin, Rigsby observait d'un œil connaisseur et commentait, tandis que Cho se chargeait de remplir les formalités administratives :

-Tu as vu comme il était heureux de la voir ? Un vrai gamin !

-Fous leur la paix. Répondit son partenaire d'une voix égale sans lever les yeux de la feuille dans laquelle il se trouvait plongé.

-Attends, c'est bien trop intéressant. Dis, tu crois que... Jane et le patron ? Non parce que depuis l'affaire Artkins, ils agissent différemment l'un envers l'autre.

-Rien remarqué.

-Tu déconnes ? Jane semble toujours en train de la surveiller discrètement, ou de la chercher. Ma grand mère m'a toujours dit que j'avais un don pour ces choses là.

A la mention de la pauvre vieille apparentée au conseiller matrimonial improvisé qui lui tenait lieu de coéquipier, Cho daigna enfin s’intéresser à ce dernier :

-Laisse donc ta grand mère en dehors de ça, lover boy. Jane est Jane, et Lisbon reste Lisbon, y a pas de sexe là dessous.

-Qui a parlé de sexe ? S'exclama le gallois, innocemment surpris et imperceptiblement gêné.

A cette remarque, Cho se retint de ne pas pousser un soupir exaspéré :

-Y a des fois où je me dis que tu aurais dû naître au siècle dernier.


*




Voilà voilà ^^


Dernière édition par Indigo le Dim 27 Nov - 3:16, édité 1 fois

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Re: Knock Knock

Message  TheManuew le Lun 5 Sep - 19:22

Okay, finalement, c'est lui que je vais buter.
Mouhahaha ! Avant ça je me suis dit : "Mais euh.. Ils sont quand même un peu beaucoup proches les deux loulous quand même !" Suspect

Mais alors cette phrase elle m'a tué c'était excellent !
Sinon toujours un style super, bien que je ne comprenne pas le sens de certain mots --' Si si je dois être un peu inculte quand même (*morigéna*...?)

Ca reste toujours assez abstrait, mais où vas-tu donc nous emmener ??
Puis je me passe de commentaire sur la partie avec Cho et Rigsby qui était placé "pile poil" au bon moment avec une psychologie des personnages très bien respectés (comme toujours)... et un humour qui correspond aux personnages.

Hum... Maintenant que dire à part : Une suite drunken (Ton écriture me rend ivre de bonheur *ça va j'abuse un peu je sais*)

Bye Wink

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Re: Knock Knock

Message  Cham' le Lun 5 Sep - 20:09

Manu a dit:
bien que je ne comprenne pas le sens de certain mots
J'avoue que moi aussi j'ai eu du mal avec certains mots. Au moins comme ça j'apprends du vocabulaire Very Happy

La scène entre Rigsby et Cho aurait pu faire partie d'un épisode, ça leur correspond vraiment bien. On retrouve bien le caractère de chaque personnage, c'est génial.
J'ai hâte de lire la suite Smile

Good job.

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Re: Knock Knock

Message  Indigo le Lun 5 Sep - 21:17

Manu a écrit:Mouhahaha ! Avant ça je me suis dit : "Mais euh.. Ils sont quand même un peu beaucoup proches les deux loulous quand même !

héhéhé. Faut pas oublier que ma première fic est passé par là Wink

Non, ils ne sont pas en couple, mais je voulais montrer qu'ils étaient plus proches qu'avant dans leurs interactions, vu que bon, faut pas oublier que Lisbonette a tout de même un lien avec John Le Rouge, rien que ça me suffirait pour que je la surveille de près si j'étais Patrick Jane Wink
Enfin, j'espère que cette proximité n'était pas trop dérangeante :s
Manu a écrit:
Sinon toujours un style super, bien que je ne comprenne pas le sens de certain mots --' Si si je dois être un peu inculte quand même (*morigéna*...?)
Cham' a écrit:
J'avoue que moi aussi j'ai eu du mal avec certains mots. Au moins comme ça j'apprends du vocabulaire

Ahaha, désolée ^^'
Le pire c'est que cela vient tout seul... "Se morigéner" c'est un peu au sens "se reprendre", "se réprimander", "se donner des claques" au sens figuré si vous préférez.

Manu a écrit:Ca reste toujours assez abstrait, mais où vas-tu donc nous emmener ?

Dans un coin sombre, trèèèèès sombre de ma pauvre cervelle éminemment tordue Twisted Evil *rire d'outre tombe*

Manu a écrit:(Ton écriture me rend ivre de bonheur *ça va j'abuse un peu je sais*)

Embarassed

... Mais non, tu n'abuses pas du tout :mgreen:

Cham' a écrit:
La scène entre Rigsby et Cho aurait pu faire partie d'un épisode, ça leur correspond vraiment bien. On retrouve bien le caractère de chaque personnage, c'est génial.

Merci ^^ Je dois avouer que j'étais contente de cette scène quand je l'ai écrite, ravie donc qu'elle ait eu l'effet escompté !

Bon, allez je vais essayer de plancher sur la suite !

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Re: Knock Knock

Message  Gateone le Mar 6 Sep - 8:32

Je fais mon petit "come back" par ta fic ^^

Je reviens sur le fo et qu'est ce que je vois...TADAA...la suite de ton ancienne fic Very Happy
Biensur après l'avoir lu je suis bien obligée de la commenter , tu la postes pour ça je pense. Bon je vais rien te dire de plus par rapport aux autres mais bon c'est toujours ça.

Bref pour être honnête je connais pu en détails ton ancienne fic, mais ce début est plutôt prometteur. Avec le temps tu fais ressortir de mieux en mieux le caractère des personnages, ca en devient troublant lol (Avoues tu écris pour la série ?! Very Happy ) Nan mais sérieux c'est génial, c'est d'ailleurs ce que j'aime le plus dans tes fics, au moins on s'y croit vraiment.

Apres comme pour les autres, le vocabulaire est digne d'un écrivain, et c'est pour ca que j'ai pris l'habitude maintenant de préparer mon dico avant chaque lecture What a Face Au moins la chose qui est bien c'est qu'avec toi on se couche moins bête le soir, je te remercie pour ça lol ^^

Fin voilà , apres comme l'a dit Manu, ca reste abstrait donc j'attend biensur la suite et l'évolution des relations des personnages surtout Wink


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Re: Knock Knock

Message  Indigo le Mar 6 Sep - 14:12

Gat' ! Ça fait un bail ! cheers
Comment vas tu ? :)

Biensur après l'avoir lu je suis bien obligée de la commenter , tu la postes pour ça je pense

Vouivouivouivouivouivoui :elan: *acquiesce furieusement*

Nan mais sérieux c'est génial, c'est d'ailleurs ce que j'aime le plus dans tes fics, au moins on s'y croit vraiment.

Disons que j'essaie de retranscrire le mieux possible ce qui me vient Embarassed

Apres comme pour les autres, le vocabulaire est digne d'un écrivain, et c'est pour ca que j'ai pris l'habitude maintenant de préparer mon dico avant chaque lecture

:mort de lol: Héhéhéhé, ou comment joindre l'utile à l'agréable :p

Au moins la chose qui est bien c'est qu'avec toi on se couche moins bête le soir, je te remercie pour ça ^^

A ton service ! :mgreen:

Merci pour ton com en tout cas !

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Re: Knock Knock

Message  Gateone le Mar 6 Sep - 16:11

Indig' a écrit:Gat' ! Ça fait un bail !
Comment vas tu ? :)
En effet ca fait un bail... =)
Et je vais tres bien , merci. J'espere que toi c'est pareil.
Dsl pour le petit HS mais bon faut bien répondre Smile

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Re: Knock Knock

Message  Indigo le Mer 21 Sep - 18:27

Pour fêter (?) la rentrée des séries (depuis le temps qu'on l'attendait celle là), je vous propose la suite et fin de mon Chapitre 2 Wink
J'espère qu'il vous plaira !

Suite du Chapitre 2 :



Il est temps où la seule sensation qui semble étirer nos membres et délier nos pensées ne se révèle être qu'une pure mouvance cotonneuse, nous faisant douter jusqu'à la réalité et la véracité de nos actes.
Otis croyait vivre un rêve. Ici et maintenant, mais aussi bien avant, oubliant jusqu'à l'instant présent.
La mort d'un ami d'abord, atroce, suffocante, omniprésente. La venue des « autres », de ceux qui vivent au dehors, insupportablement bruyants... et la rencontre avec Bret Stiles.
Le gourou ne l'impressionnait guère, seules les conséquences qu'impliquaient cette confrontation le préoccupaient.
Dans le bureau de Bret Stiles, il pénétrait dans l'antre sacrée, celle adulée par ses fidèles et il se savait à présent jalousé.
Il était marqué. Une promotion inespérée qu'il aurait préféré éviter.

Les jambes rassemblées, la nuque raide et le regard droit, il attendait tel un soldat, l'esprit empreint de ce cynisme sarcastique qui lui permettait de ne pas sombrer dans la folie douce qui agitait ses semblables.
Les yeux encore marqués de la peinture sanglante qui les avaient brûlé, il laissa Stiles discourir à l'envie, ne se contentant que d'approuver ses dires :

-Vous êtes quelqu'un de remarquable, Otis. J'ai cru remarquer votre comportement, silencieux, efficace, sage aussi.

Otis n'en demandait pas tant. Il acquiesça doucement, ne sachant quoi répondre.

-Nous manquons parfois de personnes comme vous.

Le jeune promis se retint de ricaner. Il se serait cru dans une vieille publicité de recrutement de l'armée de l'air, ou alors dans le film Top Gun. Ce qui revenait sensiblement au même.
A la vision de l'imperceptible fléchissement de ses rides au coin des lèvres, les yeux de Stiles pétillèrent d'une lueur indéchiffrable :

-Mais vous ne croyez pas les salades que je vous raconte, n'est ce pas ?

Son interlocuteur ne répondit pas.
Le gourou s'assit légèrement sur l'un des accoudoirs du fauteuil en cuir grenat qui semblait mis en évidence près de la fenêtre où de timides rayons de soleil s'attardaient, lui offrant une vue d'ensemble sur cette pièce qu'il avait tant de fois fréquenté et dont il ne parvenait à se lasser.
Depuis combien de temps avait il érigé ce qu'il considérait comme sa plus grande œuvre ? Il se faisait vieux, il le savait... Et il savait ce qui se murmurait dans les ors et pourpres de son Temple irisé de foi, de connaissance et de paix. Qui prendrait la succession de Bret Stiles... Un an. Dix ans. Vingt Ans. Peu importait la durée.
Seuls les initiés osaient remettre en cause l'immortalité charnelle de leur souverain spirituel, mais cela était bien assez pour que les germes du doute soient semés.
Mais même les vieilles carnes comme lui parvenaient bien à pousser la charrette à l'aune de leur mort. Et il ne voyait certainement pas pourquoi il ne pourrait pas encore s'amuser encore un peu aux dépends des Initiés.
Cette pensée le fit sourire alors qu'il observait son hôte, le regard indéchiffrable.
Au centre, Otis, se tenait rigide, dans une attitude faussement soumise, son regard franc trahissant un caractère peut être un peu trop trempé...

-J'ai besoin de votre aide, Otis.

Pour la première fois depuis le début de l'entrevue, son interlocuteur sembla s'animer :

-Mon aide, monsieur ? Interrogea-t-il d'une voix parfaitement innocente qui fit ricaner son interlocuteur.

-Vous le savez déjà, mon petit... L'information de la mort d'un des nôtres n'aurait jamais dû être jeté en pâture à cette bande de chiens affamés, ces journaleux qui n'attendent qu'un seul mot de travers pour nous dépecer.

Otis n'était pas assez stupide pour se permettre de ne pas comprendre ce que cela sous-entendait.
Il était même, selon les critères hautement sélectifs de Stiles (qui préférait assurément prendre les hommes les plus bêlants possibles), un peu trop intelligent pour son propre bien :

-Vous voulez que je démasque celui qui a laissé filtrer l'information.

-Il va sans dire que je ne vais pas vous laisser farfouiller seul sans d'autres personnes en qui j'ai parfaitement confiance pour vous épauler.

Tu parles, tu veux que l'on se serve de garde fou, oui...

-Je sais que vous n'êtes pas de ceux qu'une promotion au sein de notre Sainte Eglise ne saurait suffisamment motiver. Je vous saurait donc gré de ramener la paix au sein de notre institution, ce qui me semble, après tout, être votre vœu le plus cher.

Les yeux glacials de Stiles rencontrèrent le regard anthracite d'Otis, miroitant l'espace d'un instant d'une lueur parfaitement malsaine, presque évanescente. Perplexe face au silence du gourou, le promis attendit poliment, ne sachant comment réagir face à l'inactivité de ce dernier.
Enfin, un sourire carnassier étira les lèvres de Stiles :

-Enfin, si il va de soi que si je veux vous pourfendiez sans pitié le mensonge qui semble pourrir notre Sainte Eglise, je préférerais que cela se fasse dans la plus grande discrétion. Après tout, même les plus grands chevaliers, d'ordre païen cela va de soi mais la vérité s'inspire parfois de connaissances proscrites, lors des croisades se devaient parfois d'être tenus au secret.

Après Top Gun et ses pilotes sans peurs et sans reproches, voilà qu'Otis se retrouvait adoubé selon des traditions archaïques prétendument ancestrales sorties tout droit du monologue de Stiles.
Un peu plus, et il y aurait cru... Se sentant même l'espace d'un instant privilégié parmi les privilégiés.
Pensif, il laissa aller au loin son regard et ses pensées sous le regard à présent bienveillant de Bret Stiles, les doux rayons de l'astre diurne semblant vouloir s'étirer et le bénir de leur clarté.

-Tenez moi régulièrement informé dès qu'une piste s'ouvre à vous. Quant aux... méthodes que vous comptez employer dans cette découverte de la vérité... Continua Stiles de sa voix chaleureusement tranchante, presque chantante. Gardez à l'esprit que la violence physique ne résout que peu de choses, et que le savoir seul peut être la clé... mais autrement, je vous laisse carte blanche, jeune Promis.

Un carton immaculé qui ne tarderait pas à se retrouver souillé, songea Otis en une pensée lucide et désincarnée, frémissant à l'idée même d'avoir à brandir le poing et à hurler.

Espionnage, torture mentale et Templier... Tom Cruise n'avait plus qu'à aller se rhabiller.



*


Doucement bercée par le bruit étouffé du vent claquant sous la vitesse et rythmé par les rafales bruyantes des voitures passant à proximité de la vieille Citroën de Jane, l'agent Lisbon laissa imperceptiblement sa tête dodeliner, ses yeux se fermant progressivement.
Il ne s'agissait pas de dormir, elle était du reste suffisamment réveillée, mais plus d'éviter d'avoir à s'expliquer. Gagner un éphémère moment d'intimité.
Sous ses paupières docilement closes elle sentit le regard de Jane la fixer brièvement, sentant sa gorge se nouer.

Woush.
Elle ne savait même pas pourquoi elle était monté dans la vieille carlingue de Jane alors qu'ils quittaient la scène du crime. Elle s'y était dirigé machinalement, comme une vieille habitude qu'elle n'avait jamais possédé, se jetant d'elle même dans le piège qui s'était refermé.
Comme pour se punir elle même de s'en être allé.

Woush.
Maintenant que Jane et elle étaient liés par ce lourd secret qu'ils partageaient, elle ne savait comment agir à son égard. Chaque mouvement qu'elle faisait, chaque mot qu'elle émettait en sa présence semblait soumis au regard scrutateur du mentaliste, ce qui, elle devait l'avouer, la mettait dans un état de gêne et d'embarras qu'elle ne parvenait complètement à expliquer.
C'était aussi pour cela qu'elle s'en était éloigné après tout. La raison était simple.
Et changer d'air. Retrouver ce qui lui manquait tant... un foyer.

Woush.
Elle ne pouvait lui avouer cela bien sûr, à lui qui avait perdu sa femme et sa fille dans un massacre sanglant, perpétré par celui même qui avait permis à Teresa de retrouver un semblant de sérénité.
Un ricanement amer résonna dans l'esprit de Teresa Lisbon alors que ce constat lui apparaissait d'une absurde tristesse, dans un écho qui accrût le regret lancinant qui l'habitait.
Par un coup du sort particulièrement douteux, John le Rouge lui avait permis, à elle qui avait perdu sa mère, de retrouver cette figure maternelle qui lui avait tant manqué et qu'elle avait si longtemps négligé.
Un coup du sort dont son coéquipier n'avait pu que partager les douloureuses conséquences, se retrouvant honteusement privé de ce qu'il avait tant aimé, en proie à une culpabilité qu'il ne parvenait à effacer.

Wou... Non, s'interrompit-elle. Pas « Woush ».
Le vent qui s'engouffrait par la vitre et le bruit des voitures semblait avoir soudainement cessé. De même que le silence dans l'habitacle s'était fait.
Tel un nouveau né, l'agent Lisbon ouvrit des yeux emplis d'innocence, son regard perdu empreint d'incertitude rencontrant celui de Jane.
Durant une fraction de seconde, elle sembla sur le point d'ajouter quelque chose, d'avouer toutes les pensées qui l'habitaient et la hantaient, mais se contint à la dernière seconde, se contentant d'ouvrir la bouche alors que les mots semblaient mourir et s'évanouir avant même de franchir la frontière de ses lèvres.
Dans l'espoir de conserver une certaine contenance et éviter d'aspirer l'air comme un poisson rouge hors de son bocal, elle se contenta de demander d'une voix fatiguée la première chose qui lui passa par la tête :

-Jane... Où sommes nous ?

Levant un sourcil perplexe, un mince sourire aux lèvres, le mentaliste répondit d'une voix évidente :

-Heu... Nous sommes arrivés, ma chère Lisbon.

Et c'était vrai. A l'angle de la rue, Teresa Lisbon pouvait distinguer l'immense platane sous lequel Cho aimait tant s'abriter alors que la Citroën de Jane s'était engouffrée sans que celle-ci ne s'en aperçoive dans le parking du CBI, à présent entourée de dizaine de voitures.
Et Teresa Lisbon se sentit stupide. Particulièrement, assurément, et incroyablement stupide.
D'une stupidité affligeante serait le mot.
Et s'il était une chose que Lisbon détestait plus que Jane lorsque celui ci faisait le gamin, c'était bien de passer pour une parfaite imbécile. Qui plus est en la présence de ce dernier.

Sous le regard railleur du mentaliste qui semblait prêt à éclater de rire à tout moment, elle ne dit mot, glissant lentement une mèche de ses cheveux bruns derrière l'oreille, la ride qu'elle n'affichait qu'en cas d'extrême contrariété, ou de la présence imminente d'un certain mentaliste, barrant à présent son front.
Durant l'espace d'un instant, Teresa Lisbon sembla sur le point de frapper l'infortuné tableau de bord, ruminant mal la bouffée d'irritation qui l'embrasait.
Puis, d'un mouvement étudié, elle ouvrit la portière sans un regard en arrière, pour se diriger d'un pas assuré vers les bureaux qui l’accueillaient... la voix du mentaliste, à la fois goguenarde et indignée, s'élevant derrière son dos :

-Lisbon ! Allons, je n'ai rien dit ! Hé, Lisbon ! Ce n'est pas moi qui ait commencé cette fois !


Secouant la tête d'un air désapprobateur, Patrick Jane se lança à sa poursuite, ne pouvant s'empêcher de ricaner, confronté à un cruel dilemme.
Cette femme avait parfois le caractère d'un chien galeux mal léché.
Mais il ne savait à vrai dire s'il fallait s'en plaindre ou s'en amuser.



Voilà voilà ^^

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Re: Knock Knock

Message  Cham' le Sam 8 Oct - 23:38

Petit commentaire rapide avant d'aller dormir
Honte à moi j'ai oublié de prendre mon dico avant de lire Razz Voilà j'ai appris un nouveau mot aujourd'hui: Anthracite. Je pourrais essayer de placer mon nouveau vocabulaire dans une copie de français pour impressionner la prof.

Espionnage, torture mentale et Templier... Tom Cruise n'avait plus qu'à aller se rhabiller.
J'étais juste pliée en deux :mort de lol:

Pas mal de description dans ce chapitre mais ce n'est trop "lourd" non plus donc ça va. Smile

J'attends la suite avec impatience. ^^

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Re: Knock Knock

Message  AndreaLili le Sam 29 Oct - 18:47

Et bien moi j'ai tjrs des SP des chapitres. Nah. x)

Bon, je passe juste en guise d'encouragement pcq la vérité c'est que tu connais déjà mon avis sur ces deux chapitres.

Alors, aller Perle, écris-nous un troisième chapitre, stp. :) Pcq ça me manque et j'ai vraiment envie de savoir ce qu'il se trame. :)

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Re: Knock Knock

Message  Indigo le Dim 20 Nov - 20:06

Oui je sais ça fait deux mois que j'ai pas posté, c'est la méga honte de sa race si je puis dire... Mais hier soir, alors que je devais bosser, l'inspiration est revenue ! Juste assez pour que je passe 3h à frénétiquement taper sur mon clavier.
Pour l'instant je suis censée être en révision de partiels donc je ne sais pas si j'aurais le temps d'écrire autre chose d'ici 3 semaines, mais j'ai pris tellement de plaisir à écrire cette première partie du Chapitre 3 que je ne compte pas m'arrêter là ^^

Mais avant cela, j'aimerais remercier Chamour pour son petit com, et aussi Réa pour ses encouragements, car je dois avouer que c'est aussi cela qui m'a forcé à me botter le derrière ;p

Note : Mon langage à tendance à être plus cru qu'avant, donc je tiens à préciser que les personnes sont volontairement grossiers, de sorte que cela fait également partie de leur caractère et que je n'imagine pas les personnages que je vais vous introduire parlant tel la marquise de Pompadour Wink *cela serait fort joli, mais assez peu habile*


Chapitre 3 :



Ron. La vingtaine. Un nom « à chier » selon l'intéressé. Une touffe de cheveux noir de jais sur une tête en forme d'ovale, comme un melon d'eau rondouillard que l'on aurait légèrement écrasé à la naissance. Les pépins en moins.
Des yeux bleus perçants. Trois piercings. Un sur l'arcade. Deux sur la lèvre. Légèrement zonard sur les bords. Profondément bordélique. Un léger embonpoint dû à son aversion pour toutes les formes d'activité physiques qui se produiraient en dehors d'une chambre à coucher. Des mains agiles et vives de pianiste. Sa plus grande fierté.
Ah. Et membre de « Visualize ». Aussi.

Ron n'aime pas particulièrement les autres membres de Visualize. Ce qui a tendance à le botter, et donc logiquement à lui donner envie de se donner des coups de pieds au derrière suffisamment fort pour réussir à le faire lever de sa chaise à roulette de dix ans d'âge, ce ne sont pas les jolies filles.
Ce serait plutôt les trucs sacrés. La religion, le mysticisme, et tout ce que les gens qualifient de charlatanisme. Cela le fascine.
Et les belles lettres, les grands classiques littéraires qui le transportent dans un monde fait de phrases déliées, aux courbes aussi douces qu'un clavier poli par des doigts qui auraient tapé pendant des heures une symphonie de chiffres binaires.
Rien ne l'électrise plus qu'un roman de Hugo, rien ne le transporte plus que la vision d'un « Lolita » traînant dans un coin ou un « Germinal » aux feuilles jaunies et froissées et à la couverture cornée d'avoir été trop lu.
Et rien ne l'agace plus que d'être dérangé pendant ces moments de lecture privilégiés.

Aussi, quand Bret Stiles est venu l'arracher à sa cave des merveilles ce matin d'Août, son sourire carnassier en bandoulière et sa crinière blanche auréolant son visage buriné, Ron a soupiré. On ne pouvait rien refuser à Bret Stiles. Mais tout de même, une dame telle que Ms. Dolloway ne méritait certainement pas d'être laissée en plan !
L’œil torve, la gorge sèche d'avoir trop parcouru et trop vécu la journée de cette pauvre femme, il referma d'un coup sec la porte de son imaginaire et daigna s'intéresser à l'homme qui se tenait droit devant lui, le surplombant de sa puissance. Tel un Pape qui attendrait que son cardinal ait fini de faire ses petites affaires avant de lui demander si celui ci s'est enfin décidé à aller faire sa prière dominicale.

Bien sûr. Il était évident que la toute puissante éminence de Visualize ne serait pas sortie de son antre sacrée pour venir prendre le thé.
Se frottant les genoux, Ron se releva pour serrer énergiquement la main de son supérieur :

-Que puis je faire pour vous, monsieur ?

-Mon petit Ron... Commença Stiles d'une voix paternelle. J'aurais bien besoin de tes services à la Cité.

La Cité. L'endroit d'harmonie que Stiles avait créé. Celui où se rassemblaient ses plus fervents fidèles. Depuis combien de temps n'y avait il pas posé les pieds ?

Le petit Ron qui dépassait le gourou d'une bonne tête acquiesça doucement, pensant amèrement à tous ces après midi de lecture gâchés :

-Comme toujours monsieur. Je ferai ce que vous m'avez demandé.

*

-Veronica, ma belle enfant !

Se mordant délicatement sa lèvre ourlée, Veronica agrandit subrepticement ses yeux à l'entente de son nom. Peu habituée à être dérangée pendant son travail nocturne, l'assistante de M. Stiles resta un instant hagarde et engourdie par le manque de sommeil, avant de trouver la source de la voix qui venait de la héler.
Se passant une main dans ses cheveux dont elle haïssait la couleur blonde mais qu'elle n'avait jamais eu le courage de changer, elle laissa son regard s'arrêter sur la figure bienveillante qui lui souriait, et se confondit en excuses gênées :

-Monsieur Stiles. Je suis désolée, je ne vous avait pas entendu arriver !

Son patron secoua la tête, son air enjoué toujours affiché sur le visage :

-Ne vous en faites donc pas, ma petite. Au contraire, je m'excuse de vous déranger en plein travail à une heure si tardive mais cela ne pouvait guère attendre...

Intriguée, son assistante reposa posément son stylo, torturant machinalement le portable qui se trouvait à côté, l'esprit à présent pleinement éveillé.


*


Sans ménagement, Ron détailla d'un regard passablement dégouté le duo avec lequel il se retrouvait obligé de partager son intimité et que Bret lui avait envoyé.
Pourquoi ces abrutis et pas d'autres au cerveau intégralement lavé, il ne le savait, les voies de Stiles étaient impénétrables. Il pouvait toujours soupçonner une histoire de coucherie qui pourrait expliquer la présence de la blonde, mais le grand dadais... Stiles lui avait dit qu'il s'agissait du seul ami de la victime, qu'il était personnellement impliqué, et cela lui faisait une belle jambe. Dans le meilleur des cas, il le retrouverait dans un coin en train de chialer... quelle idée.
Pourquoi devaient ils travailler à plusieurs déjà ? Ils n'étaient pas là depuis trois minutes que déjà leur présence l'indisposait.

Comme pour signifier d'un geste moins barbare que celui de taper du poing sur sa poitrine en hurlant pour marquer sa propriété, il se dirigea d'un pas conquérant vers le frigidaire, prit une bière, la bût goulûment, et émit sans ménagement un rot sonore qui résonna dans toute la maisonnée.
Puis, d'un air satisfait, il revint pour constater l'expression répugnée de ses nouveaux compagnons de jeu :

-Je vous en prie, faites comme chez vous. Je sais que cela doit faire un bail qu'aucun ne vous deux n'a mis le nez dehors, et je me doute bien que la Cité ne regorge pas de bières.

Constatant que ni la grande perche ni la nana bien roulée ne daignait bouger, le visage encore adolescent de Ron se fendit d'un sourire appréciateur. Pas de doute, son territoire était marqué.
Même si, au vu du silence pesant qui semblait régner dans la pièce, le message était peut être un peu trop bien passé...

-Bon, on va se la jouer « CA ». Déclara l'informaticien d'une voix évidente.

Enfin, le grand dadais au teint laiteux s'anima, demandant d'une voix d'outre tombe :

- « CA » ?

-Ouais. CA. « Coincés Anonymes ». La blondasse eut un léger rictus désapprobateur et sembla sur le point d'ajouter quelque chose mais Ron l'ignora. Je m'appelle Ron. J'ai ving-six ans, même si ta nana semble me prendre à cet instant pour un gros vieux pervers dégueulasse de cinquante ans. La raison de ce comportement profondément masculin doit sans doute résider dans un traumatisme freudien, mais je crois surtout que c'est que je déteste que l'on me bousille ce que j'avais planifié et que l'on trouble ma tranquillité. J'ai rien contre vous deux, je vais appliquer les directives de Stiles et on va trouver qui est le pauvre fou qui a osé fuiter auprès des journaleux. Je vais même mettre les bouchées doubles si vous voulez, tant que ça me permet de me retrouver au plus vite tranquille en tête à tête avec mon auguste moi même.

-Je m'appelle Otis, mon âge ne te regarde pas, et cela me va parfaitement. Je n'ai absolument rien demandé, et il semblerait que plus tôt nous en ayons fini avec cela et plus vite nous pourrons nous séparer. Commenta le jeune promis d'une voix sombre, tout aussi ravi de se retrouver embourbé dans cette charmante petite réunion.

-Il semblerait que cela m'aille aussi. Déclara la jeune femme à sa droite. Je suis Véronica, j'ai trente deux ans, je suis l'assistante de M. Stiles qui voulait s'assurer que tout se passerait bien, et c'est un honneur de pouvoir travailler sur le travail que M. Stiles nous a confié. Dans une tentative désespérée de nouer des liens avec les autochtones, l'assistante de Bret Stiles afficha un sourire affable et tendit une main énergique à l'encontre de Ron qui se contenta de la regarder d'un air profondément blasé. Face à l'absence flagrante d'amabilité que lui témoignait l'informaticien, elle sembla tenir bon de préciser d'une voix nettement moins enjouée en regardant Otis. Et je ne suis pas sa nana.

L'attention de Ron se porta sur le spécimen rare de lèche-botte qui lui faisait face, hésitant à se moquer ouvertement d'elle, ou bien à s'amuser un peu avant de l'achever.
Ricanant intérieurement, il se dit qu'après tout, l'un comme l'autre lui convenait, et commenta d'une voix délibérément provocante :

-Laisse tomber. Je ne crois pas que les poupées gonflables qui sourient à tout bout de champ dans ton genre soient le sien, c'était juste histoire de causer.

L'espace d'un instant, Otis se retrouva à se demander qu'est ce que cet énergumène pouvait bien savoir de son « genre », mais sa réaction intérieure ne fut rien face au rictus qui s'accentua au coin des lèvres de la jeune femme qui sembla pendant une seconde sur le point de littéralement fulminer.
Parfaitement indifférent aux pensées haineuses qu'il semblait susciter, l'informaticien continua d'un ton tonitruant :

-Donc, si je comprends bien, je me retrouve avec une pouffiasse blonde toute droit sortie de barbieland pour me chaperonner. Mais je t'en prie, prend place, je suis sure qu'il doit y avoir un espace libre pour ton délicat fessier entre deux piles de DVDs. Il est bien entendu hors de question que tu t'approches des livres, à la vue des titres ton cerveau pourrait se mettre à griller...

-La pouffiasse blonde accepte bien volontiers l'invitation du gorille arriéré et te dis poliment d'aller te faire voir. Répondit Véronica dans un sourire étincelant, rayonnant d'une cordialité qui tranchait nettement avec ses propos, laissant entrevoir sa patience qui s'était sérieusement émoussée.

-Ouh, mais c'est qu'elle mordrait...

-Ça suffit, vous deux. Intervint Otis d'un ton ferme, coupant court aux intonations piaillardes que la discussion avait provoqué. Il sentit soudainement une bouffée d'agacement le saisir à la vue de ces imbéciles qui n'étaient pas foutus de se parler sans se cracher à la figure, laissant échapper d'une voix morne Quand je pense que Stiles veut que l'on découvre qui a fuité, et que je me retrouve avec ça... Je me demande ce qu'il avait en tête quand il nous a demandé cela, on croirait qu'il a réuni les pires cassos que cette secte ait jamais donné !

-Rectification, vous êtes les pires cassos que cette secte ait jamais porté. Corrigea l'assistante d'une voix à présent irritée. Toi, tout le monde te surnomme « fantomas » parce que l'on ne te voit jamais, même pas aux saintes célébrations, quant au gorille, ce n'est jamais qu'un geek païen passablement grossier qui réside « au dehors », et donc sans grand intérêt.

-Et on se demande bien pourquoi je me suis cassé. La sainte nitouche se dévoile on dirait. Commenta Ron d'une voix acide qu'il ponctua d'un ricanement dédaigneux, reprenant place sur sa chaise à roulette bien aimée. Je croyais pourtant que Stiles professait l'amour des hommes, de la connaissance et le respect d'autrui ? Tu as loupé les cours la blondasse, ou ta ravissante petite boite crânienne a surchauffé lorsqu'il a utilisé un mot de plus de deux syllabes ?

Dans la confusion Otis ne parvint pas vraiment à comprendre la suite des évènements. Il se rappela vaguement par la suite que Veronica avait violemment éructé des injures et menacé Ron avec son talon aiguille, des hurlements épars résonnant ça et là dans sa mémoire :

-Tu sais ce qu'elle te dit la blondasse ?

-Oulà, lâche ce talon ma belle, tu pourrais te blesser... Putain tu veux m'éborgner ou quoi ? Putain, mon écran d'ordi ! T'as pété mon écran d'ordi avec ton talon ! MAIS T'ES COMPLÈTEMENT MALADE !

Oui, on pouvait littéralement dire que la glace avait été brisée.





Here we are :)
La suite... quand j'aurai le temps, et qui sait peut être malgré mon irrégularité chronique quelques encouragements Wink *toute critique est bien entendue parfaitement bienvenue*


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Re: Knock Knock

Message  TheManuew le Dim 20 Nov - 20:53

Ouaouhh !
Alors je dois dire que c'était assez inattendu puisqu'il n'y a dans ce chapitre aucun passage montrant les personnages de TM !
Au début, ça m'a parru plutôt étrange, presque déplacé et j'avais du mal à comprendre d'une traite les évenements qui se déroulaient (Comme il y a beaucoup de détails j'ai tendance à me perdre dans ton récit) !

Finalement je trouve ça osé et très bien amené, les nouveaux personnages sont intrigants, il y a de l'humour, des tensions mais aussi une certaine légerté qui manquait peut-être dans les autres chapitres.

Toujours très bien écrit, avec des références littéraires ce qui donnent un aspect véridique à l'histoire (même si les auteurs cités sont tous d'origines françaises si je ne me trompe pas, ça manque un peu d'anglophonie *c'est peut-être moi qui est fumé aussi*)

Pour moi le bilan final et positif (malgré le début que j'ai du lire plusieurs fois *habitude de lire trop vite*) et la hiérarchie de Vizualise et très bien ammené et dressé.

En bref, Bravo à quand la suite !

Besos !

TheManuew
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Re: Knock Knock

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